L'art Thérapie

Une place de choix à Genève.


                            Quand l’art répare le cerveau

Dépression, AVC, Alzheimer, fin de vie… Les effets thérapeutiques de l’art sont de mieux en mieux établis. Les dernières études montrent même qu’il a le pouvoir de stimuler la neuroplasticité.

HERVÉ PLATEL ET FABRICE CHARDON|  |  CERVEAU & PSYCHO N° 98|  

Camille, 13 ans, souffre de troubles cognitifs. Adrien, 17 ans, est violent et manque de confiance en lui. Handicapé par les séquelles d’un accident de la route, Dominique, 44 ans, a développé une dépression. Bernard, 75 ans, souffre de la maladie d’Alzheimer. Jean, 41 ans, est entré en unité palliative, en raison de son cancer en phase terminale.

Leur point commun ? Tous ont été inclus dans un protocole d’art-thérapie. Et tous ont vu leur état physique, cognitif ou émotionnel s’améliorer. Nul besoin toutefois d’être victime d’une pathologie lourde pour bénéficier des bienfaits de la pratique artistique : les recherches montrent que de simples séances de dessin ou de coloriage, que chacun peut pratiquer, diminuent le stress.

Pour le psychologue israélien Son Preminger, l’art est une expérience totale, à la fois perceptuelle, émotionnelle et personnelle. Il agit alors à plusieurs niveaux. D’une part, il stimule les sensations et les émotions, ainsi que la motricité (quand on danse, que l’on dessine, que l’on modèle de l’argile…). Ensuite, il encourage à aller vers les autres, pour élaborer une œuvre avec eux, ou tout simplement pour leur montrer les œuvres que l’on a soi-même exécutées. Il aide aussi à restaurer la confiance en soi, grâce à la satisfaction de réaliser une belle chose, ainsi que la « saveur existentielle » (le plaisir de vivre l’instant présent).

De ce fait, l’art-thérapie, définie comme la valorisation du potentiel et des capacités préservées d’une personne en souffrance grâce à une pratique artistique, permet d’assister des patients victimes de pathologies très variées. Une enquête réalisée en 2015 par l’école d’art-thérapie de Tours (Afratapem) montre à quel point elle a pénétré le milieu du soin en France : plus de 92 % des structures d’accueil (hôpitaux, centres médico-sociaux…) déclarent en proposer. Si de façon générale, elle n’est pas remboursée par la Sécurité sociale, certaines de ces structures l’intègrent tout de même gratuitement au parcours de soin. Autre atout : on peut y recourir à tout âge.

Quelque 30 % des interventions concernent ainsi des enfants et des adolescents. Chez ces derniers, les expérimentations se multiplient dans toutes les directions, même si les études sur de grandes cohortes manquent encore. Les art-thérapeutes proposent par exemple des séances de peinture à des enfants qui ont perdu toute motivation suite à des troubles cognitifs ou moteurs. Camille, victime d’une infection par un pneumocoque après la naissance et suivie dans un institut d’éducation motrice à Savigné-l’Evêque, près du Mans, a ainsi retrouvé une certaine forme de plaisir et d’envie grâce à ces séances ; ses difficultés motrices et mémorielles semblent aussi s’être améliorées. Dans une autre expérience, menée à Nantes, des enfants de 8 à 13 ans souffrant de mucoviscidose effectuent des séances d’arts plastiques, de jeux théâtraux et de marionnettes. L’objectif est de diminuer leur anxiété, notamment quand ils viennent à l’hôpital pour des analyses ou des traitements. Les mesures sont en cours, mais les premiers témoignages sont très positifs : « Quand j’ai les prises de sang, j’ai peur », déclare par exemple Martin. « Ça [la séance d’art-thérapie] me fait oublier, ça me change les idées… ça détend. » Autre bénéfice collatéral : les enfants sont plus motivés pour venir à l’hôpital.

Restaurer une bonne image de soi

D’autres essais portent sur des adolescents souffrant d’obésité. Ces patients ont très souvent une mauvaise estime d’eux-mêmes et une grande peur des jugements d’autrui. Des ateliers d’arts plastiques (peinture, dessin, collage…) leur permettent alors d’exprimer leurs émotions, et ainsi de mieux les comprendre et de commencer à prendre du recul. Lorsqu’ils sont effectués en groupe, c’est aussi une façon d’aller à la rencontre des autres. Les thérapeutes testent également des séances de danse, afin de donner le plaisir de bouger à ces adolescents et de contrecarrer l’image négative qu’ils ont de leurs propres mouvements, souvent vus comme disgracieux. On sait déjà que ce type de séances est efficace chez les adultes : en 2008, Solange Muller-Pinget, des Hôpitaux universitaires de Genève, et ses collègues ont ainsi montré qu’elles amélioraient l’image que les patients obèses ont de leur corps.

De façon générale, les bienfaits de l’art-thérapie sur la confiance et l’estime de soi sont solidement démontrés. L’acquisition de compétences et la réalisation d’une belle œuvre encouragent en effet les pensées positives (« je peux le faire », « je suis digne d’intérêt »). C’est ce qui pousse certaines structures médico-sociales à proposer de l’art-thérapie aux personnes en grande précarité, comme Marc, 48 ans, qui vit dans la rue. Accueilli dans une structure d’hébergement temporaire, il a pratiqué la peinture, le collage et la photographie. Au bout de huit séances d’une heure, l’évaluation a révélé des bénéfices notables sur l’estime de soi et l’anxiété.

Sans aller jusqu’à ces cas extrêmes, l’art-thérapie peut être d’une grande aide lors d’expériences professionnelles déstabilisantes, comme un burn-out ou une perte d’emploi. L’art-thérapeute Sandrine Ratz a ainsi proposé des ateliers de théâtre et de danse à des personnes renvoyées de leur travail. Elle a constaté que ces ateliers amélioraient leur estime de soi et diminuaient leur niveau de stress, mesurés par diverses échelles cliniques.

Simona Italia et ses collègues ont quant à eux travaillé avec le personnel soignant d’une unité d’oncologie – ces professionnels comptant parmi les plus à risque pour le burn-out. Les chercheurs ont organisé des séances hebdomadaires d’art-thérapie pendant trois mois. Les résultats, publiés en 2007, ont montré que ce programme diminuait les symptômes de burn-out sur trois dimensions : l’épuisement émotionnel, le désintérêt et la perte du sentiment d’accomplissement personnel. Notons toutefois que les séances combinaient des techniques d’art-thérapie (notamment des ateliers de théâtre) avec des techniques de relaxation, et que l’apport spécifique de chacune reste à préciser.

Autre grand groupe de patients susceptibles de bénéficier

 

L'incidence de l'activité artistique sur le taux de cortisol

L'art-thérapie

Taylor et François

Art Ther (Alex). 2 avril 2016 ; 33(2) : 74–80.

Publié en ligne le 23 mai 2016. doi: 10.1080/07421656.2016.1166832

PMCID : PMC5004743

PMID : 27695158

Réduction des niveaux de cortisol et des réponses des participants après la création artistique

Girija Kaimal, Kendra Ray et Juan Muniz

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Résumé

Cette étude quasi-expérimentale a étudié l'impact de la création d'art visuel sur les niveaux de cortisol de 39 adultes en bonne santé. Les participants ont fourni des échantillons de salive pour évaluer les niveaux de cortisol avant et après 45 minutes de création artistique. Les participants ont également fourni des réponses écrites sur l'expérience à la fin de la session. Les résultats indiquent que la création artistique a entraîné une baisse statistiquement significative des niveaux de cortisol. Les réponses écrites des participants ont indiqué qu'ils ont trouvé la séance de création artistique relaxante, agréable, utile pour apprendre de nouveaux aspects de soi, se libérer des contraintes, un processus évolutif de la lutte initiale à la résolution ultérieure, et sur le flux/se perdre dans le travail. Ils ont également reflété que la session évoquait un désir de faire de l'art à l'avenir. Il y avait de faibles associations entre les changements du niveau de cortisol et l'âge, l'heure de la journée et les réponses des participants liées à l'apprentissage de soi et aux références à un processus évolutif dans la création artistique. Il n'y avait pas de différences significatives dans les résultats en fonction des expériences antérieures avec la création artistique, le choix des médias ou le sexe.

 

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introduction

Des efforts ont été déployés au cours de la dernière décennie pour examiner le substrat biologique de l'expression créative de soi (Pennebaker, 1997 ; Smyth, Hockmeyer et Tulloch, 2008). En particulier, le cortisol salivaire a été examiné en tant que biomarqueur non invasif et mesure indirecte de l'expérience du stress chez l'homme (Smyth et al., 1997 ; Smyth et al., 1998). Le cortisol est une hormone glucocorticoïde et l'un des marqueurs de stress les plus étudiés (Staufenbiel, Penninx, Spijker, Elzinga, & van Rossum, 2013). L'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HPA) régule les réactions au stress et le dysfonctionnement de l'axe HPA est associé à un stress physiologique dans le corps (Engelmann, Landgraf et Wotjak, 2004). La mesure des niveaux de cortisol indique un dysfonctionnement de l'HPA et une réponse au stress est généralement associée à une augmentation des niveaux de cortisol.

 

Plusieurs études cliniques ont rapporté des réductions des niveaux de cortisol salivaire après des interventions comportementales pour réduire le stress (Aboulafia-Brakha, Suchecki, Gouveia-Paulino, Nitrini, & Ptak, 2014; Galvin, Benson, Deckro, Fricchione, & Dusek, 2006; Miluk-Kolasa , Obminski, Stupnicki et Golec, 1993). Plus précisément, la salive contient du cortisol libre, biologiquement actif, par opposition au cortisol total présent dans le sérum ou le plasma. Il est important de noter que la concentration de cortisol dans la salive est indépendante du débit salivaire et est fortement corrélée aux concentrations sériques de cortisol (Bozovic, Racic et Ivkovic, 2013). Les niveaux de cortisol salivaire augmentent 5 minutes après une augmentation des niveaux plasmatiques et sont fortement corrélés avec les niveaux plasmatiques (Lucassen & Cizza, 2012). L'écriture expressive s'est avérée être liée à des améliorations à long terme de la santé (Pennebaker, 1997) et à des niveaux de stress réduits (Smyth et al., 2008). Comme l'écriture expressive, les preuves suggèrent que la musique et l'art sont deux interventions qui peuvent avoir un effet positif sur les états psychologiques et sur les biomarqueurs (Chanda & Levitin, 2013 ; Lai & Li, 2011 ; Stuckey & Nobel, 2010). Les patients ayant de graves problèmes de santé ont utilisé l'art comme approche thérapeutique pour aider à réduire le stress et l'anxiété et à exprimer leurs émotions (Reynolds et Lim, 2007). Dans un essai contrôlé randomisé, des personnes atteintes d'un cancer du sein ont montré un bien-être amélioré grâce à la réduction des émotions négatives et à l'amélioration des émotions positives grâce à l'art (Puig, Lee, Goodwin et Sherrard, 2006). Dans une étude qualitative, les chercheurs ont fourni des comptes rendus descriptifs de la façon dont les soignants ont utilisé l'art pour atténuer les symptômes de la fatigue de compassion et réduire leur stress (Samoray, 2006). Pour les patients atteints de maladies chroniques, l'art a contribué à améliorer la santé et le bien-être en général en distrayant les individus des pensées de maladie, en améliorant l'identité de soi et en fournissant un réseau social (Reynolds & Prior, 2003).

 

Il existe un petit nombre d'études indiquant une réduction du stress résultant de la création d'art visuel. L'expression artistique semble réduire le stress dans divers contextes de santé, tant pour les patients que pour les aidants familiaux. Par exemple, Lawson et al. (2012) ont trouvé dans leur étude de contrôle sur liste d'attente (conception croisée pré-test/post-test) qu'une heure de création artistique, qui consistait à utiliser des pinceaux et de la peinture pour décorer un carreau sous la supervision d'un étudiant volontaire, diminuait les niveaux de cortisol et aidait à réduire les sensations de lenteur et améliorer la concentration chez les personnes recevant des greffes de sang et de moelle.....

Publication de l'OMS

 

En 2019, l’OMS a publié une synthèse de plus de 900 études montrant les effets bénéfiques de l’art-thérapie sur la santé [5][5]Daisy Fancourt et Saiorse Finn, « What is the evidence on the…. Ces études s’appuient sur des indicateurs multiples : estime de soi, anxiété, plaisir à créer, humeur, souplesse psychique, douleur ressentie, mémoire, motricité, concentration ou bien des marqueurs neurologiques (neuro-imagerie fonctionnelle, taux hormonaux…). Des chercheurs d’une unité de soins palliatifs lyonnaise [6][6]Cédric Lefèvre et al., « Art therapy and social function in… ont par exemple montré que des séances d’art-thérapie permettaient d’améliorer la disponibilité relationnelle et de diminuer la sensation de douleur chez des patients en phase terminale de cancer. Une étude américaine [7][7]Girija Kaimal et al., « Reduction of cortisol levels and… postule que l’utilisation des arts plastiques permettrait de réduire le niveau de cortisol (hormone de stress) chez des adultes en bonne santé. Mais en France, nous sommes en retard. « Sur les 900 études citées par l’OMS, seule une quinzaine provient de la France », regrette F. Chardon.

 

Neurosciences et Art-thérapie

 

Les recherches actuelles en neurosciences démontrent que les souvenirs traumatisants restent bloqués dans les régions inconscientes du cerveau : dans certain cas de trouble dissociatif comme l’état de stress post-traumatique, le verbal ne suffit pas à traiter l’intégralité des symptômes et le recours au mode implicite devient une nécessité.

Selon l’expérience de Johanne Hamel, la stimulation simultanée des aires somatosensorielles et/ou visuelles et des aires motrices, trace un chemin vers les mémoires implicites, c'est-à-dire vers l’inconscient, en le réveillant. Or, les chemins neurologiques empruntés en art-thérapie, lors de la réalisation d’une image, sont les aires visuelles, kinesthésiques et motrices.

 

 

De fait, les art-thérapeutes ont un accès privilégié à ce mode : ce qui ne peut-être dit peut être explicité de façon non-verbale au travers du dessin ou de la peinture. Par exemple, une expérience réalisée dans les années 1990 confirme l’hypothèse selon laquelle dessiner les cauchemars ne retraumatise pas le patient, à l'inverse du langage écrit.

Source :

  • Hamel, J. (2008) Cours de deuxième cycle, L’art comme médecine, Département des sciences du développement humain et social, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.